Exécution

Sous-traitance en marché public : déclaration, DC4 et paiement direct

Confier une partie du marché à un tiers ne s'improvise pas : sans déclaration, acceptation et agrément par l'acheteur, un sous-traitant ne peut pas intervenir. Voici le cadre légal, la procédure DC4 et ce qui distingue la sous-traitance de la cotraitance.

Mis à jour le 23 juillet 20268 min de lecture

Peu d'entreprises répondent seules à un marché public de bout en bout. Dès qu'une partie de la prestation dépasse vos compétences ou votre capacité, la sous-traitance devient l'outil naturel — à condition de respecter un formalisme précis. Le régime est fixé par la loi n°75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, consultable sur Légifrance, et par le Code de la commande publique, qui en reprend les grands principes pour les marchés publics.

Ce cadre existe pour une raison simple : l'acheteur contracte avec le titulaire, pas avec ses sous-traitants. Il doit donc savoir qui intervient réellement sur son marché, vérifier que ce tiers est fiable, et s'assurer qu'il sera payé. Ce guide détaille la déclaration (DC4), l'acceptation et l'agrément, le paiement direct, et la différence essentielle entre sous-traitance, cotraitance et simple appui de capacités — un point à anticiper dès le montage de votre réponse à l'appel d'offres.

Un sous-traitant non déclaré n'est pas un sous-traitant discret : c'est un sous-traitant qui n'a pas le droit d'intervenir sur le marché.

Qu'est-ce que la sous-traitance en marché public ?

La sous-traitance consiste, pour le titulaire d'un marché, à confier à un tiers l'exécution d'une partie des prestations — jamais la totalité. Le sous-traitant travaille sous la responsabilité du titulaire : c'est ce dernier qui reste seul engagé vis-à-vis de l'acheteur pour l'ensemble du marché, même si une part de l'exécution matérielle est déléguée.

Deux règles encadrent strictement ce recours. D'abord, l'interdiction de sous-traiter la totalité du marché : le titulaire doit conserver et exécuter lui-même une partie substantielle des prestations, faute de quoi il ne serait plus qu'un intermédiaire facturant une marge sans valeur ajoutée réelle. Ensuite, le sous-traitant n'a, sauf paiement direct, aucun lien contractuel avec l'acheteur : son seul contrat est avec le titulaire, via le contrat de sous-traitance de droit privé.

Quand déclarer un sous-traitant : à l'offre ou en cours d'exécution

La déclaration de sous-traitance peut intervenir à deux moments, et ce choix n'est pas anodin :

  • Dès la remise de l'offre : si vous savez déjà, au moment de candidater, que vous ferez appel à un tiers, vous joignez la déclaration de sous-traitance à votre dossier. C'est la situation la plus sûre : l'acheteur statue sur l'acceptation en même temps qu'il attribue le marché.
  • En cours d'exécution : si le besoin de sous-traiter apparaît après la signature, vous adressez à l'acheteur un acte spécial de sous-traitance qui vient modifier le montage initial. La procédure d'acceptation et d'agrément est identique, mais elle retarde d'autant l'intervention du sous-traitant sur le chantier ou la prestation.

Dans les deux cas, le support est le même formulaire : le DC4, « Déclaration de sous-traitance ». Ce document type, disponible sur economie.gouv.fr, reprend l'identité du sous-traitant, la nature et le montant des prestations sous-traitées, ainsi que les conditions de paiement proposées. Il complète utilement le dossier de candidature déjà constitué avec les formulaires DC1 et DC2, ou avec le DUME lorsque le candidat s'appuie sur les capacités du sous-traitant pour être recevable.

Acceptation du sous-traitant et agrément des conditions de paiement

Le dépôt du DC4 ne suffit pas : l'acheteur doit se prononcer sur deux points distincts, tous deux indispensables pour que le sous-traitant puisse légalement intervenir.

  • L'acceptation du sous-traitant : l'acheteur vérifie l'identité du tiers, ses capacités et l'absence de motif d'exclusion (situation équivalente à celle contrôlée pour le titulaire lui-même).
  • L'agrément de ses conditions de paiement : l'acheteur valide le montant à payer au sous-traitant et les modalités convenues avec le titulaire, condition nécessaire à la mise en œuvre du paiement direct.

Le paiement direct : la protection clé du sous-traitant

C'est le mécanisme central de la loi de 1975 : pour les marchés de l'État et des collectivités territoriales, le sous-traitant de premier rang (celui qui contracte directement avec le titulaire) est payé directement par l'acheteur public, et non par le titulaire, dès lors que le montant de son contrat de sous-traitance dépasse 600 € TTC.

Ce montant est volontairement bas : il couvre la quasi-totalité des situations de sous-traitance réelle. L'objectif est d'éviter qu'un sous-traitant, souvent une entreprise plus petite que le titulaire, ne subisse un défaut de paiement ou un retard imposé par un intermédiaire. Une fois accepté et agréé, le sous-traitant adresse ses factures ou situations directement à l'acheteur (via le titulaire pour attestation, selon les modalités du marché), et c'est l'acheteur qui règle.

Le paiement direct n'est pas une faveur : c'est la contrepartie légale du fait que le sous-traitant, lui, n'a signé aucun marché avec l'acheteur.

Comment déclarer un sous-traitant : la procédure en 5 étapes

  1. 1
    Identifier le périmètre sous-traité

    Délimitez précisément la part de prestations confiée au tiers et vérifiez que le titulaire conserve une part substantielle d'exécution directe.

  2. 2
    Compléter le DC4

    Renseignez l'identité du sous-traitant, la nature et le montant des prestations, ainsi que les conditions de paiement proposées.

  3. 3
    Joindre les pièces du sous-traitant

    Attestations fiscales et sociales, assurance, et le cas échéant les capacités techniques justifiant son intervention (référence, qualification).

  4. 4
    Transmettre à l'acheteur

    Avec l'offre si la sous-traitance est connue au dépôt, ou sous forme d'acte spécial de sous-traitance en cours d'exécution.

  5. 5
    Attendre l'acceptation et l'agrément

    Le sous-traitant ne peut débuter ses prestations qu'une fois ces deux décisions notifiées par l'acheteur.

Sous-traitance, cotraitance, groupement : ne pas confondre

Ces trois montages répondent à des logiques différentes et n'ont pas les mêmes conséquences juridiques. Choisir le bon dépend de votre relation avec le partenaire : rapport de sous-traitance ou véritable partenariat de candidature.

CritèreSous-traitanceCotraitance / groupement conjointGroupement solidaire
Lien avec l'acheteurAucun lien direct (sauf paiement direct)Chaque cotraitant contracte pour sa partChaque membre engagé pour la totalité
ResponsabilitéLe titulaire répond de tout le marchéChacun répond de sa part définieTous solidairement responsables de l'ensemble
FormalismeDéclaration DC4 + acceptation/agrémentConvention de groupement + mandataireConvention de groupement + mandataire
PaiementPaiement direct possible dès 600 € TTCChacun facture sa part directementLe mandataire perçoit puis répartit (ou paiement direct)
Cas d'usage typiqueConfier un lot technique ponctuelCompétences complémentaires, périmètres séparablesPartenaires indissociables sur l'ensemble du marché
Trois montages, trois niveaux d'engagement vis-à-vis de l'acheteur.

Une nuance à part : un candidat peut aussi s'appuyer sur les capacités d'un tiers (souvent un futur sous-traitant) pour justifier ses propres capacités techniques ou financières lors de la candidature, sans que ce tiers exécute nécessairement une part identifiée du marché dès le départ. Ce recours doit être déclaré dans le dossier de candidature — DC1/DC2 ou DUME — avec l'engagement du tiers à mettre ses moyens à disposition.

Les erreurs qui coûtent cher

La plupart des litiges liés à la sous-traitance ne portent pas sur le fond technique, mais sur le formalisme : un sous-traitant démarre avant l'agrément, une modification de sous-traitant en cours de marché n'est pas notifiée, ou le montant de sous-traitance dépasse ce que le titulaire peut encore exécuter lui-même. Ces manquements peuvent, comme d'autres irrégularités administratives, conduire une offre — ou une exécution — à être remise en cause. Retrouvez les motifs les plus fréquents dans notre article sur la candidature rejetée.

Pensez également à la cohérence entre le mémoire technique et la déclaration de sous-traitance : si votre mémoire met en avant l'intervention d'un partenaire spécialisé pour emporter des points sur la valeur technique, ce partenaire doit être formellement déclaré, sous peine d'incohérence entre l'engagement écrit et l'exécution réelle. Une veille active sur vos marchés en cours, via Biltia, aide à ne pas manquer les échéances de notification.

En pratique : sécuriser la relation avec votre sous-traitant

Au-delà du formulaire, la relation titulaire/sous-traitant se joue dans le contrat de sous-traitance privé : délais, pénalités, garanties, assurance. Ce contrat doit rester cohérent avec vos propres engagements pris envers l'acheteur — un sous-traitant en retard reste, aux yeux de l'acheteur, un retard du titulaire. Documentez systématiquement les échanges (bons de commande, réceptions, factures) : en cas de défaillance du sous-traitant, ces preuves conditionnent votre capacité à agir contre lui, indépendamment de vos obligations envers l'acheteur. Les fiches pratiques de service-public.fr détaillent les démarches et modèles utiles pour les entreprises.

Biltia

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Questions fréquentes

Peut-on sous-traiter 100 % d'un marché public ?+

Non. Le titulaire doit obligatoirement exécuter lui-même une part substantielle des prestations. Sous-traiter la totalité du marché est interdit : le titulaire ne peut pas se limiter au rôle de simple intermédiaire.

Un sous-traitant non déclaré peut-il commencer à travailler ?+

Non. Le sous-traitant doit d'abord être accepté par l'acheteur et ses conditions de paiement agréées. Une intervention avant cette double validation est irrégulière et prive le sous-traitant de la protection du paiement direct.

À partir de quel montant le paiement direct s'applique-t-il ?+

Dès que le contrat de sous-traitance dépasse 600 € TTC, pour les marchés de l'État et des collectivités, le sous-traitant de premier rang est payé directement par l'acheteur, et non par le titulaire.

Quelle différence entre sous-traitance et cotraitance ?+

En sous-traitance, le titulaire seul est engagé envers l'acheteur et confie une partie du marché à un tiers sous sa responsabilité. En cotraitance (groupement conjoint ou solidaire), plusieurs entreprises candidatent ensemble et contractent, chacune ou solidairement, directement avec l'acheteur.